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De la culture de la torture
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Pierre Marcelle
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Libération
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Le Mercredi 5 Mai
2004
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Bien
sûr, la surprise, la colère, la honte, le mépris, le chagrin, l'indignation, le dégoût, et bien d'autres encore : les réactions suscitées par la révélation que des troupes coalisées torturent en Irak sont multiples. Ici et là, la consensuelle invocation d'une fatalité (la guerre, ses inéluctables horreurs, tout ça...) aspire à les fédérer en une quête de sens, fût-il inepte : celui implicite mais encore évoqué par chez nous depuis la guerre d'Algérie d'une prétendue nécessité («ils font pareil en face, on n'a pas le choix»...). Le professionnalisme qu'induisent les moeurs des troupes britanniques (crosse dans la mâchoire et coups de rangers dans la gueule, s'ils étaient avérés) pourrait satisfaire, à la rigueur, à cette «raison de guerre» qui rassurerait une opinion publique, sinon la conscience universelle, mais on sent bien qu'avec le contingent yankee ça ne colle pas : trop de sexe, sur ces images (occultant sans doute d'autres «sévices», comme d'euphémistiques pudeurs le font encore dire) ; trop de femmes, et trop de sourires potaches en place de postures martiales. Notre indignation peut certes décrypter, dans la photo fameuse (Body Art) d'une pyramide d'Irakiens dénudés, une séduisante citation du Salo de Pasolini (comme le fait Laurent B., de Paris) ; mais la manière si ostensible des acteurs de «l'axe du bien» de s'y mettre en scène semble renvoyer à un autre cinéma. On pense ici à l'American Pie (la bite dans la tarte aux pommes) des Campus Movies, sous-genre assez scatologique en lequel les mêmes jeunes soldates, il y a peu encore teenagers, bizutèrent leur sexualité exacerbée par le puritanisme protestant. Leur inconscience ne saurait évidemment les excuser ni a fortiori leur hiérarchie. Elle souligne plus spectaculairement, un peu plus «crûment», l'absolue inanité, dans son projet, d'une campagne que Bush et ses faucons de la Maison Blanche crurent bon travestir en entreprise de civilisation. Ce n'est pas la torture en soi toujours criminelle qu'elle condamne, c'est la guerre.
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