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Fahrenheit Bush
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Eric Fottorino
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Le
Monde
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Le Lundi 24 Mai 2004
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On n'ira
pas jusqu'à écrire que ce fut l'événement majeur du week-end, mais tout de même : samedi, quelques heures avant le sacre de Michael Moore à Cannes, George W. Bush a tenté une ultime pirouette pour décrocher le grand prix d'interprétation, catégorie comique.
D'après les dépêches datées de Crawford, Texas, où le président catastrophe possède son ranch de cow-boy, une malencontreuse chute de vélo lui a brûlé le cuir.
Le porte-parole de la Maison Blanche n'a pas indiqué à quel degré Fahrenheit la peau de Bush avait chauffé. La nouvelle venue quelques heures plus tard de la Croisette l'aura portée à coup sûr à une incandescence plus forte encore.
Samedi donc, escorté de son médecin – comme s'il avait prévu la suite –, "W" pédalait sur sa bécane tout-terrain.
L'accompagnaient aussi un collaborateur militaire et un agent secret. Sincèrement, vu le palmarès de l'armée américaine et des services de renseignement depuis le 11 septembre 2001, on comprend qu'il soit tombé de vélo avec pareils énergumènes dans son sillage.
Heureusement, le "doc" veillait. On ignore si, après la gamelle de son patron dans une pente, il a sorti une mignonnette de whisky, comme dans les bons vieux westerns avec John Wayne.
Le communiqué a seulement signalé des blessures bénignes au visage, à la main droite (celle qui dit "Je le jure") et aux genoux, (réputés peu flexibles chez George Bush).
Il y a des jours comme ça. Les spécialistes en oies du Capitole jureront plus tard que cette chute présageait celle survenue à Cannes lorsque Michael Moore et son Fahrenheit 9/11 montèrent au firmament du cinéma.
Quant aux mémorialistes des bas – plutôt que des hauts – présidentiels, ils ont déjà établi un navrant inventaire pour l'ex-jeune premier de la Maison-Bush : écorchures à la figure après avoir avalé de travers un bretzel en janvier 2002 ; chute d'une trottinette à moteur alors qu'il rendait visite à ses parents dans le Maine, en juin 2003.
Que de maladresses ! Vous l'imaginez, Bush, une arme à la main ? Même avec un colt de cinéma, il serait capable de se tirer dans le pied.
Michael Moore, alias Michael Humour, a d'ailleurs espéré en toute sincérité que nul n'annoncerait sa récompense à "W" pendant qu'il croquait des biscuits salés. Pareil impair aurait réveillé ses brûlures. Gare au sel sur le "play", aurait dit Gainsbarre.
Le Fahrenheit mooresque ravive le souvenir d'un autre Fahrenheit, 451 celui-là, écrit jadis par Ray Bradbury et adapté à l'écran par François Truffaut.
Dans une société glaçante et glacée, la seule chaleur venait des lance-flammes qui tuaient les livres et les idées.
Au milieu de cet autodafé, le soldat du feu Montag grimpait dans la hiérarchie en brûlant Proust et Balzac, avant que, saisi de remords et gagné par l'amour, il rejoigne le pays des hommes-livres. Pétris de lettres, ils apprenaient chacun une œuvre par cœur pour conserver en eux le sens du beau et celui des valeurs.
D'un Fahrenheit à l'autre, du conte grave au documentaire bouffon, perce la même inquiétude. Dans son rôle de bête analphabète, quel livre "W" pourrait-il retenir, lui pour qui chaque mot est une arme pour mentir?
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